Médecin généraliste avec une société de management, avocat associé d'un cabinet structuré en SRL, architecte indépendant — les professions libérales belges partagent un enjeu commun : elles génèrent une trésorerie significative qu'elles ont du mal à sortir efficacement. En 2026, après la réforme Arizona, cet enjeu est plus aigu que jamais. Voici pourquoi, et quelles options existent dans le cadre légal belge.
Les professions libérales belges exerçant via une société de management font face à un double problème en 2026 : la réforme Arizona a durci les sorties de trésorerie classiques (VVPRbis, réserve de liquidation), et leur trésorerie captive en société est exposée aux nouvelles taxes sur actifs financiers. Des alternatives légales existent dans le CIR 92 — basées notamment sur des actifs du patrimoine privé loués à la société — mais elles nécessitent une structuration spécifique à chaque situation.
La situation spécifique des professions libérales en Belgique
Un médecin, un avocat, un notaire ou un architecte qui exerce via une société de management se retrouve structurellement dans une position particulière : une large part de ses revenus passe par la société, qui accumule une trésorerie souvent importante. Cette trésorerie est taxée à l'ISOC (25%), puis soumise à nouveau à l'impôt lors de sa sortie vers le patrimoine privé.
Pour ces professions, l'enjeu patrimonial est double. D'une part, sortir la trésorerie accumulée dans les meilleures conditions fiscales. D'autre part, investir cette trésorerie de façon à ce qu'elle génère des rendements sans exposer davantage le patrimoine aux taxes qui frappent les actifs financiers depuis 2026.
Ce que la réforme Arizona 2026 change pour les libéraux
Avant la réforme, les professions libérales disposaient de plusieurs mécanismes efficaces pour atténuer la double imposition :
Le régime VVPRbis (art. 269 §2 CIR 92) permettait, sous conditions de capital minimum et de délai, de bénéficier d'un précompte mobilier réduit à 15% sur les dividendes. Pour un médecin dont la société avait été constituée avec un capital suffisant depuis plusieurs années, ce régime offrait une sortie bien plus efficace que le dividende ordinaire.
La réserve de liquidation (art. 184quater CIR 92) permettait de constituer une réserve taxée à 10% à l'ISOC, puis distribuable avec un PM de 5% après cinq ans. La charge totale effective pouvait descendre à environ 14,5% sur le bénéfice — contre 47,5% pour le dividende ordinaire.
Le délai de blocage de la réserve de liquidation pour bénéficier du PM à 5% est passé à 8 ans pour les nouvelles réserves. Le VVPRbis a vu ses conditions d'accès renforcées. Résultat : deux des meilleures options de sortie sont devenues moins accessibles ou nécessitent un horizon de temps plus long.
La trésorerie investie en actifs financiers : une nouvelle exposition
Beaucoup de professions libérales avaient constitué, au fil des années, un portefeuille financier au niveau de leur société de management ou de leur holding : fonds, actions, obligations, produits de capitalisation. En 2026, ce patrimoine est directement exposé à deux nouvelles réalités fiscales.
D'une part, la taxe annuelle sur les comptes-titres importants s'applique. D'autre part, les plus-values sur actifs financiers réalisées au sein de la société sont désormais soumises à l'ISOC dans des conditions moins favorables que par le passé, selon les structures utilisées.
Pour un médecin ou un avocat dont la société détient 500 000 € ou plus en portefeuille financier, le recalcul s'impose.
Les alternatives disponibles dans le cadre légal belge
Face à ce contexte, plusieurs pistes méritent d'être examinées. Aucune n'est universellement supérieure — tout dépend de la structure existante, de l'horizon de temps, et des objectifs patrimoniaux du professionnel.
La donation de la nue-propriété de titres à ses enfants, avec conservation de l'usufruit, permet de réduire progressivement l'exposition aux droits de succession futurs sans perdre le contrôle des revenus. C'est une technique classique que peu de libéraux ont activée avant qu'il soit trop tard.
Les actifs non financiers dans le patrimoine privé représentent une piste que les conseils habituels évoquent rarement. Dans le cadre légal belge, certains biens meubles corporels — détenus en privé par le professionnel — peuvent générer un flux entre son patrimoine privé et sa société, avec des caractéristiques fiscales distinctes du dividende ou de la rémunération. Ces mécanismes existent dans le CIR 92, ne nécessitent pas de structure offshore, et s'intègrent dans une architecture patrimoniale coordonnée avec le comptable et l'avocat fiscaliste existants.
Dans nos entretiens avec des médecins, des avocats et des architectes belges, nous constatons régulièrement que leur fiduciaire gère bien leur ISOC, mais qu'aucun conseil patrimonial n'a jamais examiné l'ensemble de leur situation — société, patrimoine privé, horizon de transmission — comme un tout cohérent. C'est précisément ce regard global que nous apportons lors du premier entretien.
Pourquoi l'horizon de transmission est souvent négligé
Un médecin de 50 ans dont la société de management est florissante ne pense pas spontanément à la transmission de son patrimoine. Il gère l'urgence fiscale de l'année — combien de dividendes, quelle réserve de liquidation, quelle rémunération. Mais les décisions qu'il prend aujourd'hui déterminent les options qui seront disponibles dans dix ou quinze ans.
Les droits de succession sur un portefeuille financier important peuvent représenter une ponction considérable — parfois 30% ou plus selon les tranches et la région. En revanche, d'autres classes d'actifs bénéficient de taux de donation nettement plus favorables. La différence entre les deux peut représenter des centaines de milliers d'euros sur le patrimoine transmis.
La plupart des professions libérales ne font ce calcul que trop tard — quand les décisions de restructuration prennent plusieurs années à déployer.
Par où commencer : un point sur sa situation globale
Pour une profession libérale belge qui n'a jamais fait le point patrimonial global — société, patrimoine privé, transmission — la première étape n'est pas de mettre en place un mécanisme particulier. C'est de comprendre sa situation réelle : combien coûtent les options actuelles, quelles alternatives existent, et quel horizon de temps est disponible pour les déployer.
C'est l'objet du premier entretien confidentiel que nous proposons. Il ne s'agit pas de vendre une solution — il s'agit d'ouvrir une conversation structurée sur votre situation patrimoniale globale, en lien avec vos conseils habituels.